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Vos droits comme locataire

Le Québec offre certaines des protections locataires les plus fortes en Amérique du Nord. Voici ce que vous devez savoir.

Pas de dépôt de sécurité

C'est l'une des règles les plus importantes du droit locatif québécois : les propriétaires ne peuvent pas exiger de dépôt de sécurité, de dernier mois de loyer, ni de frais non remboursables comme condition de location. Si un propriétaire en demande un, il enfreint la loi.

Le seul paiement dû à la signature du bail est le premier mois de loyer. Si vous avez payé un dépôt, vous pouvez le récupérer par le TAL.

Augmentations de loyer

Les propriétaires ne peuvent augmenter le loyer qu'une fois par an, au renouvellement du bail. Règles clés :

  • L'augmentation doit être communiquée par écrit, 3 à 6 mois avant la fin du bail
  • Il n'y a pas de plafond fixe, mais le TAL publie des balises annuelles (typiquement 2 à 5 %)
  • Vous avez le droit de refuser l'augmentation. Le propriétaire doit alors s'adresser au TAL pour la justifier
  • Si vous refusez et le propriétaire ne fait rien dans le mois, le bail se renouvelle au loyer actuel
  • Nouveaux immeubles (moins de 5 ans) : Depuis le projet de loi 31 (2024), le bail doit spécifier le loyer maximum attendu sur les 5 prochaines années, aidant les locataires à anticiper les augmentations

Utilisez notre calculateur d'augmentation de loyer pour vérifier si votre augmentation est raisonnable.

Renouvellement du bail

Les baux au Québec se renouvellent automatiquement. Si aucune des parties ne donne d'avis, le bail continue pour la même durée aux mêmes conditions. Pour modifier les conditions (augmentation de loyer, nouvelles règles), le propriétaire doit envoyer un avis de modification dans les délais requis. Vous pouvez accepter, refuser ou négocier.

Protections contre l'expulsion

Les locataires québécois bénéficient de fortes protections contre l'expulsion. Un propriétaire ne peut pas simplement décider de mettre fin à votre bail. Les principales situations où un propriétaire peut chercher à terminer un bail :

  • Reprise de logement : Le propriétaire ou un membre de sa famille immédiate veut habiter le logement. Doit donner un préavis de 6 mois et le locataire peut contester au TAL
  • Rénovations majeures : Le propriétaire ne peut pas vous expulser juste pour rénover. Il doit prouver que les travaux nécessitent que le logement soit vide ET vous offrir le droit de retour à un loyer raisonnable
  • Subdivision ou changement d'affectation : Nécessite l'autorisation du TAL
  • Non-paiement du loyer : Le propriétaire doit s'adresser au TAL — il ne peut pas changer les serrures ou couper les services

Depuis le projet de loi 31 (2024), les propriétaires qui expulsent un locataire pour reprise ou rénovations majeures doivent fournir une compensation obligatoire : frais de déménagement raisonnables plus un mois de loyer par année d'occupation (minimum 3 mois de loyer, maximum 24 mois). Les expulsions de mauvaise foi (ex. prétendre une reprise puis relouer à un prix plus élevé) entraînent des pénalités supplémentaires incluant des dommages punitifs.

Important : Les locataires de 70 ans et plus à faible revenu ne peuvent pas être expulsés pour reprise sauf circonstances exceptionnelles.

Sous-location et cession de bail

La loi québécoise vous donne le droit de sous-louer votre appartement ou de céder votre bail. Différences clés :

  • Sous-location : Vous restez le locataire et êtes responsable du bail. Le sous-locataire vous paie le loyer. Vous revenez quand la sous-location se termine. Vous ne pouvez pas charger plus que votre propre loyer (plus des frais raisonnables pour meubles ou services)
  • Cession : Vous partez définitivement. Le nouveau locataire reprend tous les droits et obligations. Vous ne pouvez pas charger d'argent pour la cession
  • Dans les deux cas, vous devez aviser votre propriétaire par écrit. Si le propriétaire ne répond pas dans les 15 jours, il est réputé avoir consenti
  • Les sous-locations de plus de 12 mois nécessitent l'approbation explicite du propriétaire

Changement important (projet de loi 31, 2024) : Les propriétaires peuvent maintenant refuser une cession de bail pour n'importe quelle raison — pas seulement pour des motifs sérieux. Si refusé sans motif sérieux, votre bail est automatiquement résilié à la date prévue de la cession. Si refusé pour un motif sérieux (ex. le candidat a un mauvais crédit), vous restez locataire et devez trouver un autre candidat. C'est un changement majeur — la cession de bail à Montréal permettait autrefois de transmettre un loyer sous le marché, mais les propriétaires peuvent maintenant les bloquer.

Réparations et entretien

Votre propriétaire est légalement obligé de :

  • Livrer le logement en bon état d'habitabilité
  • Le maintenir en bon état tout au long du bail (pas seulement à l'entrée)
  • Effectuer toutes les réparations nécessaires, y compris les urgences sans délai
  • S'assurer que le logement est habitable (chauffage, eau chaude, pas de moisissure, pas de vermine)

Si votre propriétaire ignore les demandes de réparation : 1) Envoyez une demande écrite (gardez une copie), 2) Faites un suivi par lettre recommandée, 3) Déposez une demande au TAL sans réponse. En situation urgente (pas de chauffage en hiver, fuite d'eau), vous pouvez faire faire la réparation et déduire le coût du loyer — mais seulement après avoir avisé le propriétaire.

Chauffage et habitabilité

Votre propriétaire doit s'assurer que votre appartement est habitable. Exigences spécifiques :

  • Chauffage : L'appartement doit être chauffé à environ 21 °C quand il fait froid dehors. Si le chauffage est inclus dans le loyer, le propriétaire doit le fournir quelle que soit la période de l'année. Aucune clause de bail ne peut spécifier une date particulière pour allumer le chauffage — de telles dispositions sont invalides
  • Eau chaude : Doit être disponible en tout temps
  • Extermination : Le propriétaire est responsable de l'extermination des insectes, rongeurs et punaises de lit — même si le locataire les a amenés (le locataire peut être responsable des coûts s'il a été négligent)
  • Moisissure : Le propriétaire doit remédier aux problèmes de moisissure et traiter la cause sous-jacente (humidité, ventilation)
  • Détecteurs de fumée et CO : Doivent être installés et entretenus par le propriétaire

Si votre appartement est inhabitable (pas de chauffage en hiver, moisissure grave, infestation), vous pouvez avoir droit à une réduction de loyer ou un relogement temporaire aux frais du propriétaire. Documentez tout et déposez au TAL.

Frais illégaux

Beaucoup de propriétaires chargent des frais qui sont en fait illégaux au Québec. Vous ne devriez pas payer et pouvez récupérer ces montants :

  • Dépôt de sécurité ou dernier mois de loyer — complètement illégal
  • Frais de vérification de crédit — le propriétaire peut faire une vérification mais ne peut pas vous la facturer
  • Dépôt pour les clés — illégal. Les clés doivent être fournies gratuitement
  • Frais de demande — illégal. Il n'y a pas de frais pour postuler à une location
  • Frais de nettoyage obligatoire au départ — illégal sauf dommages au-delà de l'usure normale
  • Pénalité pour loyer en retard — seul le TAL peut imposer des intérêts sur le loyer en retard
  • Frais de cession de bail — depuis le projet de loi 31 (2024), les locataires ne peuvent pas charger ni recevoir d'argent pour céder un bail

Si on vous a chargé l'un de ces frais, vous pouvez récupérer l'argent par le TAL.

Animaux de compagnie

Les règles québécoises sur les animaux surprennent souvent les locataires :

  • Un propriétaire peut inclure une clause interdisant les animaux dans le bail. Si le bail ou les règlements de l'immeuble interdisent clairement les animaux, vous devez respecter cette règle
  • Pour faire respecter une clause d'interdiction d'animaux, le propriétaire doit s'adresser au TAL — il ne peut pas unilatéralement vous expulser ou exiger le retrait de l'animal
  • Si le bail ne mentionne PAS les animaux, le propriétaire ne peut généralement pas les interdire après votre emménagement
  • Vous êtes responsable de tout dommage causé par votre animal, et le propriétaire peut s'adresser au TAL si l'animal cause des troubles sérieux
  • Les animaux de service et d'assistance sont protégés par la Charte des droits — les clauses d'interdiction ne peuvent pas outrepasser cette protection

Déclarez toujours vos animaux avant de signer un bail. Si un propriétaire a constamment toléré les animaux dans l'immeuble sur une longue période, l'application soudaine d'une clause d'interdiction peut être considérée comme abusive par le TAL.

Votre droit à la vie privée

Comme locataire, vous avez droit à la jouissance paisible de votre logement :

  • Le propriétaire doit donner un préavis de 24 heures (verbal ou écrit) avant d'entrer dans votre appartement. Les visites doivent être entre 9 h et 21 h
  • Le propriétaire peut entrer sans préavis uniquement en cas d'urgence (incendie, inondation, fuite de gaz)
  • Pour les visites à de futurs locataires (après votre avis de non-renouvellement), aucun préavis n'est requis — mais les visites doivent être entre 9 h et 21 h
  • Pour les travaux et réparations, le propriétaire doit donner au moins 24 heures de préavis. Les travaux majeurs nécessitent 10 jours de préavis écrit
  • Le propriétaire doit exercer son droit d'accès de manière raisonnable. Vous pouvez déposer au TAL si les visites sont excessivement fréquentes ou à des heures déraisonnables

Si votre propriétaire viole votre droit à la vie privée, documentez les incidents et déposez une plainte au TAL. Vous pouvez demander une réduction de loyer et des restrictions d'accès.

Le TAL (Tribunal administratif du logement)

Le TAL (anciennement la Régie du logement) est le tribunal qui gère tous les litiges propriétaire-locataire au Québec. Vous pouvez déposer des plaintes pour :

  • Augmentations de loyer déraisonnables
  • Défaut de faire des réparations
  • Harcèlement ou tentatives d'expulsion illégales
  • Récupération de dépôts ou frais illégaux
  • Violations du bail par le propriétaire

Le dépôt se fait en ligne à tal.gouv.qc.ca. Les frais sont de 82 $ pour les cas standards. Les audiences se font en personne ou virtuellement. Vous n'avez pas besoin d'avocat — la plupart des locataires se représentent eux-mêmes.

Protection contre la discrimination

La Charte des droits et libertés du Québec interdit aux propriétaires de refuser de louer en raison de la race, la religion, le sexe, l'orientation sexuelle, le handicap, l'âge, la grossesse, la condition sociale ou la situation familiale (y compris avoir des enfants). Si vous êtes victime de discrimination, vous pouvez déposer une plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ).